09 octobre 2022
La chronique sportive de Gilles Labourroire sur le Rugby, s’intéresse aujourd’hui au Stade Toulousain et ses 21 titres
Cette semaine, les chroniques de Gilles s’intéressent à un club mythique du rugby français, le plus titré : le Stade Toulousain et ses 21 titres !
Retour sur un siècle de rugby et 21 titres de champions de France.
Le stade toulousain est né en 1907 de la fusion de deux clubs estudiantins
En 1912, c’est le 1er titre de champion de France pour Toulouse qui bat le 31 mai 1912 le racing club de France. La victoire est obtenue à l’arraché 8 à 6 devant 15 000 personnes présentes aux ponts-jumeaux. Victoire obtenue grâce à 2 essais d’Alfred MAYSSONNIE et Pierre JAUREGUY et un match rayonnant de Philippe STRUXIANO, le demi de mêlée. C’est le début du règne de la vierge rouge, expression qui baptise le stade toulousain.
Avant 1912, Toulouse avait connu 2 finales perdues. En 1903, Le stade français l’emporte face au Toulouse Sport Olympique Etudiant 16 à 8. L’homme clé du stade français est Pierre Gustave GAUDERMAN, 3ème ligne centre international, as de l’aviation pendant la grande guerre, pilote automobile hors pair et qui a participé aux jeux olympiques en aviron en 1912 et en voile en 1936.
On attendait une finale de la Garonne. Elle viendra en 1909 et le Stade Bordelais Université Club s’impose face au stade toulousain 17 à 0, 5 essais à rien.
En 1922, 2ème titre, Toulouse bat Bayonne 6 à 0. Les toulousains possèdent dans leurs rangs 8 internationaux dont le redoutable stratège, le demi de mêlée Philippe STRUXIANO qui avait déjà remporté le titre en 1912.
En 1923, 3ème titre, Toulouse bat de nouveau Bayonne sur le score de 3 à 0. Cette finale est surtout la première à avoir été radiodiffusée par la société française radioélectrique Radiola.
Toulouse est aussi vainqueur en 1924, 4ème titre, contre Perpignan union sportive 3 à 0, en 1926, 5ème titre, toujours contre Perpignan 11 à 0 et en 1927, 6ème titre, contre le stade français 19 à 9.
La décennie 1917-1927 sera marquée par le règne de la Vierge Rouge. Philippe STRUXIANO, demi de mêlée et capitaine, puis président de 1951 à 1954 est le leader de ces équipes jusqu’en 1923, saison où il quitte le club sans conséquence sur les résultats puisque les titres s’enchainent.
Philippe STRUXIANO dit STRUC ou l’intraitable est né le 11 mars 1891 à Toulouse. Le stratège buteur qui possédait une passe sèche de 20 mètres fut champion de France à 9 ans d’intervalle.
Après Toulouse, il finit sa carrière comme entraineur joueur à l’Avignon Rugby Club. Il se définissait comme le chien de garde du troupeau des avants. Il compte 7 sélections en équipe nationale de 1913 à 1920. Il est décédé en 1956 à l’âge de 65 ans.
Alfred MAYSSONNIE est né le 10 février 1884 à Lavernose-Lacasse en Haute Garonne. Il est le stratège de l’équipe de la Vierge rouge de 1912. Adjudant au 259ème régiment d’infanterie durant la 1ère guerre mondiale, il est tué le 6 septembre 1914 lors de la bataille de la Marne. La grande guerre perturbe fortement tous les sports français. Par la longue mobilisation des joueurs et des dirigeants, le stade toulousain vit périr 79 de ces membres.
En 1947, 7ème titre, le stade toulousain remporte le bouclier en battant Agen 10 à 3 faisant la différence grâce au pied du demi de mêlée Yves BERGOIGNAN. A la 24ème minute de ce Toulouse-Agen disputé au stade des Ponts-jumeaux, l’ailier toulousain Pincho SANCHEZ est stoppé en pleine relance. Il s’effondre et autour de lui, les esprits s’échauffent. L’arbitre qui a cru voir le 3ème ligne agenais Guy BASQUET donner un coup de pied à SANCHEZ décide de l’expulser. Seulement, face aux protestations des joueurs du SU Agen, le voilà qui hésite un instant et provoque ainsi l’ire des toulousains. Ceux-là exigent alors que BASQUET sorte tandis que les agenais, en colère, menacent avec force de quitter le terrain. La confusion est telle que le président de la fédération française de rugby en personne, Marcel ELUERE, décide d’intervenir depuis les tribunes. Il propose un compromis et convainc les 2 équipes : Guy BASQUET doit sortir mais il pourra revenir sur le terrain en 2ème mi-temps. Le carton jaune ou l’exclusion temporaire sont nés officieusement ce jour-là, bien avant la règlementation.
Le stade Toulousain connaîtra 2 échecs en finale avant sa domination à compter des années 1985.
En 1969, Bègles bat le stade toulousain à Lyon 11 à 9. Le tournant du match intervient juste avant la pause. A l’affut, le béglais TRILLO intercepte une passe de l’arrière toulousain et marque sous les poteaux. Bègles mène 8 à 3 à la mi-temps et creuse l’écart juste après la pause par un drop magistral de son arrière CRAMPAGNE. Néanmoins, Toulouse reste dans le match grâce à Pierre VILLEPREUX et se voit refusé un essai de BOURGAREL pour un en-avant pas évident. Bègles est sacré.
Pierre VILLEPREUX est né le 5 juillet 1943 à Pompadour en Corrèze. Il a d’abord joué à Brive de 1963 à 1965 puis ensuite au stade toulousain de 1965 à 1975. Il compte 34 sélections en équipe de France de 1967 à 1972. Il est du grand chelem de 1968. Pierre VILLEPREUX a longtemps symbolisé le principe de l’arrière intercalé. Il possédait un coup de pied phénoménal qui lui permettait de réussir des pénalités et des drops de plus de 50 mètres. De 1982 à 1989, il a entrainé le stade toulousain avec Jean Claude SKRELA. En tant qu’entraineur de l’équipe de France, la France accède à la finale de la coupe du monde 1999. Il a dit : « Dans une équipe de rugby, il n’y a pas de passagers, il n’y a qu’un équipage ». Et de montrer à quel point la force collective toulousaine est impactante.
De la finale de 1969, on retiendra Roger BOURGAREL dit la flèche noire, né le 21 avril 1947 à Toulouse, d’ascendance antillaise et qui a participé à la tournée de l’équipe de France en 1971 en Afrique du Sud. Sa retraite sportive actée, il devient charpentier.
En 1980, Béziers bat le stade Toulousain 10 à 6. Menés à la pause de 2 essais, Toulouse tente de refaire son retard. Il en a la possibilité avec HARIZE et GABERNET en fin de match. La chance toulousaine est passée.
Jean Pierre RIVES dit Casque d’or est né le 31 décembre 1952 à Toulouse. Après avoir joué 2 ans au stade beaumontois Lomagne en Tarn et Garonne, il signe en 1974 au stade toulousain. Il compte 59 sélections en équipe de France de 1975 à 1984 dont 34 en tant que capitaine. Il gagne 2 grands chelems en 1977 et 1981. Il est le capitaine de la 1ère équipe de France victorieuse de l’équipe de Nouvelle Zélande, les All-Blacks chez elle à Auckland le 14 juillet 1979. En 1982, il quitte le stade pour le racing club de France. Il s’est essentiellement reconverti dans la sculpture.
Les années 1985-2005 sont celles où le stade toulousain installe avec 9 Brennus conquis sur 12 finales disputées, une nouvelle période d’hégémonie.
En 1985, 8ème titre, le stade Toulousain bat Toulon 36 à 22 après prolongations, dans une des plus belles finales du championnat de France. L’opposition entre 2 styles, d’un côté vitesse et mouvement pour Toulouse et son duo d’entraineurs Pierre Villepreux et Jean Claude SKRELA, de l’autre puissance et combat et son gourou Daniel HERRERO.
Toulon mène à la pause 12 à 3. Le vent tourne quand l’arrière varois Jérôme BIANCHI sort blessé. A un essai de GALLION et drop de CAUVY pour Toulon, répondent 3 essais dont 2 de CHARVET. Un drop de CAUVY s’échoue sur le poteau et se sera les prolongations. Comme si le sort avait choisi son vainqueur. Ce sera Toulouse avec 3 essais supplémentaires de PORTOLAN, BONNEVAL et CHARVET.
En 1986, 9ème titre, Toulouse bat Agen 16 à 6. Le fait marquant du match se situe à la 23ème minute. Le pilier agenais Daniel DUBROCA reste allongé sur le terrain. Ce n’est qu’à l’hôpital plus tard dans la soirée qu’il reprendra connaissance.
En 1989, 10ème titre, le stade toulousain bat en finale Toulon 18 à 12. Un essai de 70 mètres de CHARVET scelle le match malgré le grand match des avants varois.
En 1994, 11ème titre, Toulouse bat Montferrand 22 à 16 grâce à un homme Christophe DEYLAUD auteur ce jour-là des 17 points sur 22 de son équipe.
En 1995, 12ème titre, Toulouse domine Castres 31 à 16. Castres résiste une mi-temps face à Toulouse, menant 16 à 6 à la mi-temps, avant de sombrer sous les coups de génie et de patte de DEYLAUD. Score final : 31 à 16 pour Toulouse. Pour un autre Toulousain, ce titre a une saveur particulière. A bientôt 35 ans, le capitaine rouge et noir Albert CIGAGNA dispute sa 7ème finale, 14 ans après celle qu’il avait jouée avec Bagnères contre Narbonne en 1979.
En 1996, 13ème titre, Toulouse domine Brive 20 à 13. Jusqu’à la 71ème minute, le pack briviste domine et profite du jour sans du maître à jouer d’en face, Christophe DEYLAUD. Une seule inspiration suffit pourtant à DEYLAUD pour envoyer BERTY marquer l’essai de la gagne. La botte monumentale de la star montante, Thomas CASTAIGNEDE fait le reste.
En 1997, 14ème titre, Toulouse l’emporte face à Bourgoin Jallieu 12 à 6. Encore DEYLAUD auteur de tous les points : 3 buts de pénalités et un drop lors de cette finale sans essai et sans relief. On vient, on gagne et on s’en va, scandent les toulousains. C’est le 4ème titre consécutif.
En 1999, 15ème titre, Toulouse bat de nouveau Montferrand : 15 à 11. L’ouvreur montferrandais Gérald MERCERON rate 4 pénalités et l’ouvreur All-Black toulousain STENSNESS fait la différence
En 2001, 16ème titre, Toulouse domine de nouveau Montferrand sur un score plus large : 34 à 22. La jeune vague toulousaine : MICHALAACK, JEANJEAN, POITRENAUD, DELAIGUE, BOUILHOU va marquer l’histoire du stade toulousain.
Sur la période, Toulouse aura pourtant perdu 3 finales.
En 1991, Bègles Bordeaux devient champion de France en battant le stade toulousain 19 à 10.
La première ligne béglaise : SIMON, MOSCATO, GIMBERT formeront les rapetous, drôles de cambrioleurs aux crânes rasés, un peu effrayants mais surtout sympathiques. Des chenapans qui se donnent des allures de voyous. Avec Bernard LAPORTE, leur gourou, leur meneur, la tête de la tortue béglaise.
En 2003, Paris bat Toulouse 32 à 18. Pour son dernier match en club. GALTHIE au sommet de son art emmène cet irrésistible stade français vers son 11ème titre hexagonal, manière de pointer au palmarès à hauteur du grand BEZIERS.
En 2006, Biarritz humilie Toulouse : 40 à 13. Vaincu en finale européenne par le Munster irlandais, BIARRITZ négocie bien sa finale : 9 à 6 à la pause grâce à un pack et une 3ème ligne de rêve : BETSEN, HARINORDOQUY, DUSAUTOIR. En 2ème période, les arrières biarrots offrent un feu d’artifice avec 5 essais.
De 2008 à aujourd’hui, 5 titres nouveaux pour le stade toulousain.
En 2008, 17ème titre, c’est Toulouse qui l’emporte 26 à 20 face à Clermont. Clermont a été 2 fois vainqueur des stadistes en phase régulière mais Toulouse est leur bête noire. Un grand Jean Baptiste ELISSALDE à l’ouverture est le grand artisan de la victoire toulousaine.
En 2011, 18ème titre, Toulouse domine Montpellier 15 à 10. Et Picamoles, 3ème ligne centre, ex montpelliérain qui brise le rêve de ses anciens copains. 5 pénalités de David SKRELA scelle le match.
En 2012, 19ème titre, Toulouse domine Toulon entrainé dorénavant par Bernard LAPORTE et présidé par Mourad BOUDJELLALL. Score de 18 à 12 pour le stade toulousain. La 1ère ligne du stade faisant souffrir le martyre à sa rivale et obtenant de nombreuses pénalités mises à profit par un buteur Mc ALISTER. Toulon s’est accroché grâce à la botte de WILKINSON. Toulon a même eu une balle de match avec l’ailier SMITH.
En 2019, 20ème titre, le stade toulousain domine Clermont sur le score de 24 à 18. Sevré de titre de champion de France depuis 2012, le Stade Toulousain a décroché son 20e bouclier de Brennus. Une victoire logique pour les hommes d'Ugo MOLA qui ont maîtrisé cette rencontre du début à la fin. Et une finale, ça se gagne.
Enfin, en 2021, 21ème titre, le stade toulousain bat la Rochelle 18 à 8. Le stade toulousain qui en battant 22 à 17 La Rochelle en finale de la coupe d’Europe obtenait son 5ème sacre européen.
Le stade toulousain a remporté en effet 5 titres européens : 1996, 2003, 2005, 2010 et 2021
Un homme symbolise cette période faste : l’entraineur Guy NOVES
Guy NOVES est né le 5 février 1954 à Toulouse. Il débute par l’athlétisme. Il est recordman de France cadet du 1 200 mètres avant de passer au rugby à 20 ans. Il est professeur d’EPS au collège de Pibrac.
Il compte 7 sélections en équipe de France.
Sa carrière d’entraineur débute en 1989. Il remplacera le duo SKRELA-VILLEPREUX
Il refuse d’entrainer l’équipe de France en 2011. Il succèdera à Philippe saint ANDRE en 2016. Il sera limogé en 2017 en raison de mauvais résultats du Quinze de France.
Fabien PELOUS est né le 7 décembre 1973 à Toulouse. Formé au club de Saverdun en Ariège il joue au stade Toulousain de 1997 à 2009, après des débuts avec le SC Graulhet et deux saisons à l'US Dax
Avec le record de sélections en équipe de France (118 capes) dont 42 capitanats, il détient le palmarès le plus fourni du rugby français. Il remporte notamment trois championnats de France, deux coupes d’Europe et cinq Tournoi des 5 ou 6 Nations. Il prend sa retraite sportive en 2009.
Aujourd’hui, les nouvelles stars s’appellent Antoine DUPONT et Romain N TAMACK, fils d’Emile, en train de se faire un prénom dans l’histoire du stade toulousain.
Dans une prochaine chronique, je vous inviterai à une galerie de portraits de joueurs du stade...

Commentaires(0)