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14 mai 2021

Les langues régionales

Avec beaucoup de régularité, le débat sur les langues régionales, leur enseignement, le financement de celui-ci, l’implication de l’Education Nationale, font débat. Corses, Bretons, Occitans, Basques, Catalans et j’en oublie certainement notamment les Outre-mer, essayent de se faire entendre d’un pouvoir central qui met tout en œuvre pour affaiblir et marginaliser ces langues. Comme à son habitude le Président Macron avait fait des promesses en la matière, son ancien premier ministre aussi ; comme à son habitude le Président Macron n’a pas tenu ses promesses.

Sous l’impulsion du député de la 4ème circonscription du Morbihan Paul Molac du groupe Libertés et territoires, la proposition de loi dite de « protection patrimoniale et promotions des langues régionales » avait été adoptée dans un relatif enthousiasme par l’Assemblée Nationale. Et ce malgré les réticences du gouvernement et de bon nombre de députés LREM. Le texte sanctifiait l’enseignement dans sa forme immersive. Des formations immersives qui se font en une seule langue (dans ce cas, langue régionale), le français s’introduit progressivement et l’enfant est bilingue à la fin du primaire : ainsi le pratiquent les écoles Diwan en Bretagne, Calandreta en Occitanie et les Ikastola au Pays basque.

Soixante et un députés de la majorité – LREM, Modem et Agir – ont saisi le Conseil Constitutionnel malgré le vote de leurs collègues, avec l’aide précieuse, voire l’active complicité, du ministre Blanquer et de son cabinet, ainsi que celle de la député LREM des Yvelines Aurore Bergé. Le Conseil a déclaré inconstitutionnels deux articles phares de cette loi visant à promouvoir et à protéger les langues régionales : l’enseignement immersif en langues régionales dans les écoles publiques et l’utilisation des signes diacritiques dans les documents d’état civil, comme le tilde. Exit donc le caractère immersif de l’enseignement, pourtant fondamental et dont les preuves de l’efficacité éducative ne sont plus à faire. Une fois de plus les Jacobins et les amoureux d’une uniformité aussi rigide que stérile ont manœuvré et gagné. Mais cela pourrait bien être une victoire à la Pyrrhus : la majorité, déjà inexistante au niveau des Régions, pourrait bien en payer le prix aux toutes prochaines élections.

Si l’on prend un peu de hauteur, que constate-t-on ? Que le Monde actuel subit des extinctions d’espèces en masse et qu’un parallèle peut-être fait avec la diversité culturelle humaine. Comme pour les espèces en danger, l’Unesco a comptabilisé les langues mondiales et leurs vulnérabilités. « Sur un total de 6 909 langues répertoriées (1), l’Unesco comptabilise 2 464 langues dont l’avenir est incertain avec 592 d’en elles vulnérables, 640 en danger, 537 sérieusement en danger, 577 en situation critique et 228 déjà éteintes……Une grande partie de la diversité culturelle est en voie de disparition. » conclut Paul Morand, entre autres directeur de recherche au CNRS.(2) C’est vers la fin des années 90 que l’on a commencé à se pencher sur la comparaison entre espèces biologiques et langues humaines. Et le chercheur de mettre en lumière une « relation significative » entre le nombre de langues parlées dans un pays et les espèces animales qui y sont répertoriées : pour finir par démontrer que diversité biologique et diversité culturelle sont liées.

Nous devons prendre garde à ce vaste mouvement d’uniformisation qui englobe la perte des langues locales au profit des majoritaires ainsi qu’aux pertes des capacités décisionnelles locales, le tout pour satisfaire une économie de marché mondialisée. Mêmes les manuels scolaires sont expurgés et simplifiés afin de satisfaire à un mouvement centralisateur et unificateur à outrance. Nous sommes en passe de perdre les diversités animales, végétales, biologiques, ainsi que celles des langues et des savoirs humains. Ce qui vient de se passer avec les langues régionales n’est ni un épiphénomène, ni anecdotique. Cela engage notre avenir, notre histoire humaine, nos relations sociales, et nos relations avec le vivant. La Terre est malade, les Humains le sont aussi. Entre autres, nous nous devons de protéger nos cultures et ce qui en fait leur richesse : les langues régionales sont une des constituantes de celle-ci.

Jacques Lavergne / Esprit Occitanie / 06-06-21

 

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