L'Éditorial du 13 septembre 2026
« FUCK LA PLANÉTE[1]»
Nous venons de passer un été extrêmement pénible et pour certains tout à fait catastrophique, ponctué d’événements météorologiques d’une grande violence. En cause une chaleur insupportable et des canicules à répétition. Même si la chose était prévue et attendue par tous les scientifiques et par tous ceux qui ont une conscience claire de la situation de la planète, pour les autres ce fut sinon une surprise, du moins un étonnement devant l’ampleur du phénomène et sa durée. Plus grave, strictement rien en France n’avait été ni prévu ni imaginé par le gouvernement pour faire face à cette nouvelle donne climatique devenue à présent la norme.
Le réchauffement climatique est un voyage en terre inconnue, puisqu’aucun humain n’a jamais expérimenté un climat planétaire aussi chaud. Il affecte notre santé, met en péril l’ensemble du vivant, paralyse et pénalise nos activités économiques, provoque des milliers de décès, touche en priorité les plus faibles d’entre nous et coûte à nos sociétés financièrement exsangues « un pognon de dingue » comme dirait un certain qui affecte de découvrir le problème.
Pour autant, il n’est là rien qui eusse dû nous surprendre. Nos émissions de méthane et de protoxyde d’azote, pour ne parler que d’elles ne faiblissent pas. Et l’on sait depuis plusieurs décennies qu’il existe une relation quasi proportionnelle entre la température moyenne de la Terre et la quantité de CO2 produite par les sociétés humaines et accumulée dans l’atmosphère. C’est une loi physique qui, à la différence des lois humaines, n’est ni modifiable ni négociable. Elle s’impose à nous, point final. A vouloir sciemment l’ignorer, nous allons aujourd’hui payer le prix fort et ce pendant de nombreuses années.
Ce d’autant plus que malgré un constat de plus en plus évident et partagé, l’activité humain génératrice de gaz à effet de serre ne faiblit pas, au contraire même. Or, le méthane, notamment émis par les ruminants, a un pouvoir très réchauffant, mais il disparait en dix à vingt ans par réaction chimique. Par contre, le CO2 lui met plusieurs centaines, voire pour une partie, plusieurs milliers d’années à quitter l’atmosphère.
La cécité volontaire de nos sociétés est une immense sujet d’étonnement pour tous ceux qui travaillent et réfléchissent à ces problématiques, les scientifiques de toutes spécialités en premier lieu. Nous savons pertinemment que la combustion des matières fossiles, charbon, pétrole et gaz sont responsables de près de 90 % de nos émissions de gaz à effet de serre, les 10 % restant étant produits par la déforestation et l’usage des terres. Le problème est depuis toujours purement politique. Les puissants lobbyings de ces entreprises extractives et destructrices constituent une partie du problème ; l’autre est constitué par l’incompétence, l’inconsistance, la veulerie, la complicité interessée et la lâcheté du personnel politique de tous bords voire de tous pays.
L’homo sapiens scie la branche sur laquelle il est assis avec de plus en plus de vigueur. Il a rompu les grands équilibres de la planète, ceux permettant son habitabilité. Un suicide consenti, prévisible et apparemment assumé par les dirigeants de l’espèce. Notre cerveau, cet instrument dont nous sommes si fier, comporte de gravissimes lacunes qui, peut-être, à terme engendreront l’extinction d’une espèce dépassée par son expansion.
L’espèce qui a tout fait pour survivre devient celle qui organise sa propre fin !
Jacques Lavergne
[1] Pour reprendre le titre de l’excellent documentaire à visionner absolument de Jean-Robert Viallet et Jean-Baptiste Fressoz, « Fuck la planète : le choix du réchauffement » diffusé par ARTE et visible en replay
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